Fiscalité des sociétés au Royaume-Uni : ce que paie une Ltd

La fiscalité des sociétés au Royaume-Uni repose sur trois piliers que tout porteur de projet doit connaître avant de s’engager : un impôt sur les sociétés (corporation tax) de 19 % sous 50 000 £ de bénéfices et 25 % au-delà de 250 000 £, une TVA normale à 20 %, et surtout 0 % de retenue à la source sur les dividendes versés, y compris à un actionnaire non-résident. C’est ce dernier point qui explique pourquoi tant de non-résidents utilisent une structure britannique en montage offshore, alors même que le pays n’a rien d’un paradis à 0 %. Reste à comprendre ce que chacun paie vraiment, et où.

Quartier financier de la City de Londres au crépuscule

Comment fonctionne la fiscalité des sociétés au Royaume-Uni

Disons-le tout de suite : le Royaume-Uni n’est pas un territoire à fiscalité nulle. C’est une juridiction onshore réputée, dotée d’un registre public (Companies House), d’une administration fiscale active (HMRC) et d’un réseau de conventions parmi les plus denses au monde. Ce qui en fait une destination prisée des non-résidents, ce n’est pas l’absence d’impôt, mais une combinaison précise : crédibilité internationale, formalités allégées, et un traitement des distributions vers l’étranger qui ne ponctionne rien à la sortie.

Le principe de base tient en une phrase. Une société de capitaux britannique — la fameuse Ltd (private company limited by shares) — est imposée sur ses bénéfices mondiaux dès lors qu’elle est résidente fiscale au Royaume-Uni, c’est-à-dire constituée sur place ou dirigée depuis le territoire. À l’inverse, certaines formes comme la LLP ne paient aucun impôt en propre, parce qu’elles sont transparentes : nous y reviendrons, car c’est précisément le véhicule que choisissent beaucoup de non-résidents.

Il faut aussi distinguer deux administrations qui ne se mélangent pas. Companies House reçoit les comptes annuels et tient le registre public ; HMRC collecte l’impôt et reçoit les déclarations fiscales. L’année fiscale d’une société correspond à son exercice comptable, pas à l’année civile ni à l’année fiscale des particuliers. Avant de choisir une forme, il vaut la peine de comparer les différents types de sociétés au Royaume-Uni, car la fiscalité découle directement du statut juridique retenu.

L’impôt sur les sociétés (corporation tax) : taux 2025-26

C’est le cœur du sujet. Depuis avril 2023, le Royaume-Uni a abandonné le taux unique de 19 % pour revenir à un barème à deux étages, avec une zone intermédiaire qui lisse le passage de l’un à l’autre.

Concrètement, une société dont les bénéfices imposables restent sous 50 000 £ relève du « small profits rate » à 19 %. Au-delà de 250 000 £, c’est le taux principal de 25 % qui s’applique sur la totalité du bénéfice. Entre les deux, la société paie 25 % mais bénéficie d’un allègement dégressif, le marginal relief, qui ramène progressivement la charge effective vers le taux réduit pour les bénéfices proches de 50 000 £. En clair : plus on est près du plancher, plus on profite du 19 % ; plus on grimpe vers 250 000 £, plus on s’approche du 25 % plein.

Une nuance importante pour qui structure plusieurs entités : ces seuils de 50 000 £ et 250 000 £ se divisent par le nombre de sociétés associées (associated companies). Détenir cinq sociétés liées ne donne pas cinq fois 50 000 £ à 19 %. Le mécanisme est pensé pour éviter le fractionnement artificiel des bénéfices.

Bénéfice imposable annuelRégimeTaux applicable
Jusqu’à 50 000 £Small profits rate19 %
Entre 50 000 £ et 250 000 £Main rate avec marginal reliefde 19 % à 25 % en effectif
Au-delà de 250 000 £Main rate25 %
Bureau avec documents comptables et calculatrice

TVA, retenues et autres prélèvements

La corporation tax n’est pas la seule ligne du tableau. La TVA (VAT) britannique s’élève à 20 % au taux normal, avec un taux réduit à 5 % (énergie domestique, certaines rénovations) et un taux zéro qui couvre l’alimentaire de base, les livres, les vêtements pour enfants et les exportations. L’immatriculation à la TVA devient obligatoire dès que le chiffre d’affaires dépasse 90 000 £ sur douze mois glissants (seuil relevé en avril 2024), avec une possibilité de radiation si l’activité retombe sous 88 000 £. Les déclarations sont trimestrielles et passent désormais par le dispositif Making Tax Digital, qui impose une tenue et une transmission numériques.

Le point qui retient l’attention des non-résidents, c’est l’absence de retenue à la source sur les dividendes. Quand une Ltd distribue ses bénéfices après impôt, le Royaume-Uni ne prélève rien au passage, même si l’actionnaire vit à l’étranger. Celui-ci touche le montant brut. C’est un atout réel, mais il faut le comprendre pour ce qu’il est : un report d’imposition vers le pays de résidence de l’actionnaire, pas une exonération. Nous y consacrons le dernier chapitre.

Restent enfin les cotisations sociales patronales (National Insurance) si la société emploie ou rémunère des dirigeants au Royaume-Uni, et le sujet des prix de transfert pour les groupes : les transactions entre entités liées doivent respecter le principe de pleine concurrence, sous peine de redressement. Pour une petite structure sans salarié local, ces deux postes restent souvent théoriques.

Plus-values, holding et dispositifs d’allègement

Au Royaume-Uni, une société ne paie pas d’impôt distinct sur ses plus-values : les gains en capital sont intégrés au résultat imposable et soumis à la corporation tax. Cette mécanique simple devient intéressante grâce à un régime précis, la Substantial Shareholding Exemption (SSE). Sous conditions — notamment une participation d’au moins 10 % détenue suffisamment longtemps dans une société opérationnelle — la cession de cette participation est exonérée. C’est ce qui rend le Royaume-Uni attractif comme juridiction de holding : on peut y loger des participations et les céder sans frottement fiscal majeur sur la plus-value.

Le pays propose aussi plusieurs leviers d’allègement et de planification fiscale légitime. Les crédits d’impôt recherche et développement, désormais réunis dans un dispositif RDEC unifié, soutiennent les sociétés qui innovent. Le « full expensing » autorise la déduction intégrale et immédiate de certains investissements en immobilisations, plutôt qu’un amortissement étalé. Ces mesures ne transforment pas un projet, mais elles allègent la charge réelle pour qui investit ou développe une activité technique. Mieux vaut les voir comme des optimisations encadrées que comme des recettes miracles.

Ltd ou LLP : deux fiscalités opposées

Voici la distinction qui change tout pour un non-résident. La Ltd est une société de capitaux opaque : elle paie sa propre corporation tax sur ses bénéfices, puis distribue ce qui reste. La LLP (Limited Liability Partnership) suit une logique radicalement différente. Elle est fiscalement transparente : la structure ne paie aucun impôt sur les sociétés. Le résultat « remonte » directement vers chaque membre, qui est imposé sur sa quote-part, là où il réside.

Pour deux associés non-résidents sans activité réelle au Royaume-Uni, une LLP peut donc se retrouver à ne générer aucune imposition britannique au niveau de la structure — d’où sa réputation de véhicule offshore. Attention toutefois : transparence ne veut pas dire invisibilité. La LLP dépose des comptes à Companies House, et chaque membre reste imposable dans son pays. Le choix entre Ltd et LLP n’est donc jamais purement fiscal ; il dépend de l’activité, de la résidence des associés et de l’image recherchée. Une fois la forme arrêtée, l’ouverture d’un compte bancaire au Royaume-Uni constitue souvent l’étape la plus exigeante du montage, indépendamment du régime fiscal choisi.

Obligations déclaratives, échéances et compliance

La fiscalité britannique a une particularité déroutante au premier abord : on paie l’impôt avant de le déclarer. Le paiement de la corporation tax est dû neuf mois et un jour après la clôture de l’exercice, tandis que la déclaration formelle, le formulaire CT600, doit être transmise à HMRC dans les douze mois suivant cette même clôture. Il faut donc estimer et régler avant d’avoir bouclé la déclaration.

À cela s’ajoutent les comptes annuels déposés auprès de Companies House, les déclarations de TVA trimestrielles via Making Tax Digital si la société est immatriculée, et le maintien à jour des informations du registre (administrateurs, bénéficiaires effectifs, adresse). Les frais statutaires payés à Companies House restent modestes, libellés en livres, et n’ont rien à voir avec les honoraires d’un prestataire. La conformité n’est pas optionnelle : le registre est public et l’administration sanctionne les dépôts tardifs par des pénalités automatiques. Pour qui n’est pas sur place, déléguer cette gestion à un cabinet est la norme plutôt que l’exception. À titre indicatif, une prestation clés en main démarre, via un prestataire, à partir de 1 490 €.

L’impôt des personnes : le résident fiscal français qui détient la structure

Voici le chapitre que beaucoup oublient. Le 0 % de retenue à la source au Royaume-Uni ne signifie jamais 0 % d’impôt pour le propriétaire de la structure. La fiscalité finale se joue dans le pays où réside l’actionnaire, et pour un résident fiscal français, plusieurs règles s’imposent.

La convention fiscale franco-britannique du 19 juin 2008, en vigueur depuis décembre 2009, organise le partage des droits d’imposer et évite la double imposition. Ce qui se passe ensuite dépend de la forme. Avec une Ltd, société de capitaux opaque, seules les distributions sont imposées en France, au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (le « flat tax »). Tant que les bénéfices restent dans la société, ils ne sont pas taxés chez l’actionnaire français. Avec une LLP transparente, le mécanisme est tout autre : la quote-part de résultat est imposable directement chez le membre résident, même en l’absence de toute distribution. On peut donc devoir de l’impôt en France sur un bénéfice qu’on n’a jamais touché.

La France a par ailleurs déployé un arsenal anti-abus qu’il serait imprudent d’ignorer. L’article 209 B vise les sociétés étrangères dépourvues de substance réelle. L’article 123 bis s’applique aux participations d’au moins 10 % dans une entité soumise à un régime fiscal privilégié. S’y ajoutent la notion d’établissement stable, celle de siège de direction effective — une société pilotée depuis la France redevient imposable en France — et la procédure d’abus de droit. Enfin, tout résident doit déclarer ses comptes et entités à l’étranger via les formulaires 3916 et 2020. Bref, la structure britannique n’efface pas la résidence fiscale française ; elle la déplace, et la transparence vis-à-vis du fisc reste entière.

Pour un résident du Royaume-Uni, le tableau diffère encore. L’income tax s’échelonne à 20, 40 et 45 % après un abattement de 12 570 £, les dividendes sont taxés à 8,75, 33,75 et 39,35 % au-delà d’un abattement de 500 £, et le régime « non-dom » a été supprimé le 6 avril 2025 au profit d’un régime FIG limité à quatre ans. Quel que soit le pays de résidence, le raisonnement est le même : la société paie au Royaume-Uni, la personne paie chez elle. Pour relier l’ensemble — structure, fiscalité et exploitation —, il est utile de revenir sur ce que recouvre vraiment une société offshore au Royaume-Uni avant de décider.

Questions fréquentes

Quel est le taux d’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni en 2025-26 ?

Le taux est de 19 % sous 50 000 £ de bénéfices et de 25 % au-delà de 250 000 £. Entre ces deux seuils, un allègement dégressif (marginal relief) lisse le passage de l’un à l’autre. Ce barème à deux étages s’applique depuis avril 2023.

Une LLP paie-t-elle l’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni ?

Non. La LLP est fiscalement transparente : aucune corporation tax n’est due au niveau de la structure. Chaque membre est imposé sur sa quote-part de résultat, dans son pays de résidence, et ce même en l’absence de distribution.

Y a-t-il une retenue à la source sur les dividendes versés à un non-résident ?

Non, le Royaume-Uni n’applique aucune retenue à la source sur les dividendes, y compris vers un actionnaire étranger, qui touche le montant brut. Mais cette somme reste imposable dans le pays de résidence de l’actionnaire. Le 0 % britannique n’est donc pas un 0 % définitif.

Quand faut-il payer et déclarer l’impôt sur les sociétés ?

Le paiement est dû neuf mois et un jour après la clôture de l’exercice, et la déclaration CT600 dans les douze mois. On règle donc l’impôt avant de déposer la déclaration formelle auprès de HMRC.

Quand une société doit-elle s’immatriculer à la TVA ?

L’immatriculation à la TVA devient obligatoire au-delà de 90 000 £ de chiffre d’affaires sur douze mois glissants, seuil en vigueur depuis avril 2024. Le taux normal est de 20 %, les déclarations sont trimestrielles via Making Tax Digital, avec radiation possible sous 88 000 £.

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